Le haïku du jour : Cliché du matin - Et quand le soir arrive - Branlette à la main ?

Cher Sylvain,

Nos regards se sont croisé pour la première fois il y a environ deux mois. Il était 8h, tu t'apprêtais à effectuer tes trente minutes de jogging semi-quotidien, les yeux collés, les cheveux en vrac, un débardeur turquoise et des chaussures jaunes et bleues. De mon côté je revêtais mon costume habituel, une malette à la main, prêt à vivre une nouvelle journée de travail. J'ai alors esquissé un petit sourire auquel tu n'as pas été réceptif.

Il y a un mois, nous nous sommes croisés un peu plus loin sur le parcours de ton rituel sportif, mais cette fois-ci je ne bougeais pas, j'avais juste un appareil photo dans la main gauche, mon téléphone dans la main droite, et j'ai lentement dirigé les objectifs vers toi lorsque tu m'as frôlé dans l'euphorie de ta petite course. Une demi-heure plus tard, je réitère l'expérience en fin de parcours, alors que tu arrives près de chez toi.

Et depuis ce jour, je t'attends tous les matins, assis sur un banc en bas de chez toi, et me postant à l'angle de ta rue lorsque tu passes devant moi pour te shooter à nouveau et enrichir ma collection de clichés dans lesquels tu subis toujours les trente minutes de jogging qui ont précédé. J'ai vaguement tenté d'engager la conversation à coups de "Bonjour, comment allez-vous ?" ou encore "Sympa le jogging non ?", mais je ne te trouve pas particulièrement réceptif. Peut-être imagines-tu de sordides choses à mon égard ? A moins que tu trouves légèrement déplacé ma méthode de drague... Il va falloir m'affronter dans les jours à venir, la situation commence à devenir sérieusement glauque...

"Cica", l'inconnu en bas de chez toi