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mercredi 4 juillet 2007

A la rencontre de la glèbe et l’humus

Le haïku du jour : Le bruit étouffe - Et on tourne la page - Pour se reposer

Cher Sylvain,

Et bien ça y'est, les murs qui t'ont vu grandir ne nous appartiennent plus. Il est toujours difficile de quitter un endroit lorsqu'on y a vécu, qu'on y est devenu une famille qui s'aime et qui a toujours entretenu des relations saines et constructives. De ce côté-là, tu nous as souvent dit te sentir privilégié par rapport à ton entourage. La plupart de tes amis et collègues ont souffert un jour ou l'autre de leurs relations familiales. Tu ne pourras jamais vraiment les comprendre, ce qui a suscité et sucitera encore de la jalousie vis-à-vis du confort dans lequel tu as grandi.

Malgré toutes ces paisibles années où nous avons partagé le meilleur, il était temps de changer d'air. On n'a jamais eu envie de partir bien loin, juste à quelque kilomètres, mais loin d'un voisinage bruyant pour s'approprier à nouveau le concept d'intimité. On a débuté cette aventure il y a quatre mois lors des premiers travaux. Aujourd'hui la piscine et la veranda ne sont pas encore posées, mais au moins on vit au calme dans la campagne profonde, avec notre grand jardin et ce nouveau petit cocon qui nous ressemble déjà un peu. Même la vieille Moulinette morte depuis huit ans nous a suivis, on croirait entendre son doux ronronnement de satisfaction.

Finalement, tu n'auras pas eu de grosse crise de nostalgie il y a deux semaines lorsque tu as passé ta dernière nuit dans la chambre de ta jeunesse. Pourtant, ça a toujours été ton principal refuge. Tu y as vécu tes premiers émois, passions, douleurs, amours, relations et découvertes de tous horizons. Impossible de tout se remémorer, toute ta vie était là-bas, on espère juste qu'elle te suivra avec nous. Au moins, tu n'auras plus de vue sur la route embrumée des secrets que tu n'assumes pas, c'est maintenant la campagne et ses moutons qui t'accueilleront le matin quand tu passeras le week-end avec nous. Tout sera plus simple... Avec tous ces changements, on finira bien par découvrir ce que tu ne nous as jamais clairement avoué. C'est malheureux, on connaît tout de toi sauf l'essentiel ! C'est qui ce Jonathan ?

Tes parents

samedi 3 mars 2007

Retour aux sources

Le haïku du jour : Un départ voulu - De l’herbe fraîche aux pavés - La sérénité

Cher Sylvain,

Tu n’es pas souvent malade, mais quand ça arrive on peut dire que tu ne fais pas les choses à moitié. Ton angine carabinée de ces derniers jours t’a conduit à quitter la poussière parisienne pour débarquer chez nous en province. D’un côté, c’est toujours plus agréable d’avoir des parents et une sœur aux petits soins que ruminer tout seul chez toi la journée entière. Tu as beau dire que ton mode de vie actuel est celui que tu as toujours souhaité, tu ne rentres pas au moins une fois par mois à la maison pour rien. J’imagine que tu es parfois nostalgique des vingt ans que tu as passés ici, notre famille, tes amis, les boutiques, restos et autres petits coins que tu ne retrouves pas à la capitale.

A vingt-et-un ans, je ne pense pas non plus rester éternellement dans le cocon familial, mais contrairement à toi, je ressens moins ce besoin d’évasion qui t’a conduit à quitter la région il y a quatre ans. Motivé par un milieu professionnel que tu n’aurais pas retrouvé ici, j’imagine que c’était aussi le moyen pour toi de t’épanouir et bifurquer vers un mode de vie plus approprié. Loin de l’atmosphère étouffante des petites villes, il est plus facile de se détacher de l’attention générale dans un microcosme constitué d’individus qui cultivent leur différence en permanence. On se comprend…

Ces repères sur lesquels tu te reposes vivent à travers la maison dans laquelle nous avons toujours vécue. Mais il va falloir se les réapproprier d’ici quelques semaines. Nous allons vivre le premier déménagement de notre vie, et même si les souvenirs restent, il n’est pas évident de quitter les lieux qui nous ont vu grandir. Heureusement, on ne va pas suffisamment loin pour complètement tourner la page. Il faudra juste ajouter dix kilomètres à nos déplacements quotidiens. Et le jeu en vaut la chandelle quand on voit le sacré package qu’on va s’approprier, l’été au bord de la piscine de notre nouveau grand jardin promet d’être réussi. Et puis d’abord, ce n’est pas une si grosse affaire en ce qui te concerne, tu n’es là que deux jours par mois, il faut relativiser tout de même.

Ta sœur

lundi 1 janvier 2007

La naissance

Le haïku du jour : Si je sors de l'œuf - La vie me tend d'autres bras - Un cœur à ouvrir

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Cher Sylvain,

Tu y penses depuis plusieurs années, aujourd’hui c’est sans doute le moment de sauter le pas. Depuis 24 ans, on ne peut pas dire que tu aies eu une vie malheureuse. Les joies du quotidien ont su t’accomplir, bien plus que les moments difficiles. Mais aujourd’hui, je suis contente que tu te décides à provoquer un petit tournant…

Personne dans ton entourage n’a eu le privilège d’être ton confident privilégié plusieurs années durant. Moi-même, je ne l’exprime pas trop mais je pense en avoir souffert ces derniers temps. Petit à petit, tu t’es confié en surface aux personnes qui t’entourent sans jamais dévoiler intégralement ce qui te fait vibrer, souffrir, exister… Aujourd’hui, même si je ne suis pas au courant de la naissance de ton premier journal intime, je pense que tu as raison. A trop te reposer sur les succès et petits bonheurs de chaque jour, le négatif prend de plus en plus de place et finira par nuir aux penchants beaux et purs de ton existence.

En espérant que ce petit projet d’épanouissement personnel ne t’apporte que des bonnes choses, je t’embrasse bien fort.

Ta mère